• Ruth

Mais pourquoi les autres femmes ne nous préviennent pas ?

Vraiment ? A qui avez-vous demandé ? Et qu'avez-vous apporté en échange ?

Aujourd'hui, j'ai envie de parler de cette phrase qu'on entend à toutes les sauces.

Pourquoi on ne nous prévient pas que la maternité est ci ou ça ? Pourquoi est-ce qu'on nous dit pas que le post partum ressemble à ça ? Que telle ou telle chose peut se passer dans le corps ou dans le couple... ? Que l'équilibre entre tous nos rôles peut être difficile à trouver ?

Spoiler alert : je ne supporte plus ce genre de phrases, que je trouve fausses.


Déjà parce que de façon très égocentrée, je la trouve vexante.

En tant que podcasteuse, je pense avoir créé un espace où les femmes peuvent se raconter et raconter toutes ces choses qu'on dit tabou. En moins d'un an d'existence, j'ai eu 12 femmes à mon micro. Qui m'ont parlé de sujets profondément intimes, perçus comme difficiles à aborder ou tabous. Nous avons parlé avec mes invitées successives de sujets comme les règles (avec Gaëlle), l'allaitement de bambins (avec Lindsay), les bouleversements apportés par la maternité ou bien le choix de ne pas être mère (avec Sophie), le deuil périnatal, le burn out, la difficulté à faire de la place à son couple ou à ses ami.e.s quand on est cheffe d'entreprise, et tant d'autres...

Et je suis loin d'être la seule. Il existe tellement de podcasts spécialisés sur ces questions qu'on perçoit comme tabou. Tellement de pages Instagram / de chaines Youtube / de groupes Facebook qui recueillent des témoignages sur des questions relevant de l'intime féminin. Et sur ces espaces, d'autres femmes répondent, témoignent, soutiennent... et souvent avec leurs vrais noms et leurs photos.

Alors, oui, il faut peut-être un peu chercher en ligne. Mais énormément d'espaces existent en ligne qui permettent de trouver des réponses à ces questions perçues comme tabou.


Alors dans la vraie vie, c'est peut-être un peu différent. Dans la vraie vie, l'intime reste intime.

Et il y a peu de chances que le repas de famille se transforme en cercle de parole impromptu où votre cousine peut parler de son épisiotomie ou de ses prises de bec avec son mari pour savoir qui des deuxdoit partir plus tôt du travail pour emmener le petit chez le médecin.

Mais il me semble que dans la vraie vie aussi, les femmes parlent, se confient, racontent.

Pour peu qu'on crée l'espace physique et émotionnel pour le faire.

Cela peut prendre la forme d'une conversation comme seules au monde entre 3 belles-soeurs dans un coin tranquille à Noël, ou d'une maman qui se dévoile à voix basse en cuisinant un plat du pays, ou encore d'une femme qui a son bébé tout neuf dans les bras et qui raconte à sa meilleure amie en pleurant qu'elle est heureuse mais qu'elle sent que quelque chose ne tourne pas rond dans sa tête.


Et c'est là que je repose ma deuxième question du début : Qu'avez-vous apporté en échange, pour mériter cette confidence ?

Qu'est-ce que vous avez apporté pour créer cet espace, cette connexion qui pousserait une autre femme à vous dévoiler son intimité ?

Votre vulnérabilité ? Qu'il s'agisse d'un aveu de votre propre faiblesse ou de votre ignorance?

Une prise de risque peut-être ? Celui de vous prendre un mur, de ne pas rencontrer de réciprocité alors que vous, vous avez confié quelque chose d'intime et peut-être de honteux ?

Ou bien encore votre esprit déconstruit et votre absence de jugement, qui vous assureront de ne pas ajouter à la douleur ou la honte d'une personne qui s'apprête peut-être à vous confier un événement traumatisant ?


Parce que c'est malheureusement ce qui arrive parfois à ces femmes qui tentent de briser des tabous forts. Je repense à la mannequin et activiste Chrissy Teigen publiant les photos de sa douleur suite à la perte de son bébé...

La pauvre n'avait pas recueilli que des messages de soutien.

Nous vivons dans une société où toutes et tous ne sont pas prêts à briser des tabous.

Parce que ce qui se cache derrière ces tabous peut parfois faire peur ou réveiller des questionnements dont on préfèrerait qu'ils restent enfouis.

Je me demande si ce qui se joue n'est pas inconsciemment de l'ordre de ce que décrit Isabelle Fillozat dans son ouvrage, "Au coeur des émotions de l'enfant"


Ces mécanismes d'exclusion et d'accusation qui se retrouvent aussi chez des adultes peuvent expliquer pourquoi les femmes ne parlent pas spontannément de ces choses cachées ou tabous.


Qui a envie de se faire pointer du doigt ?

Qui a envie qu'on lui renvoie qu'elle est la seule à vivre telle ou telle situation difficile ?

Qui a envie d'être la dernière de la classe ? Celle qui n'y arrive pas, ou moins bien que les autres; que ce soit dans son corps ou dans l'accomplissement de ses rôles sociaux ?

Mon expérience m'a montré qu'on est rarement seules à vivre des choses difficiles. Et que lorsqu'on s'en ouvre à d'autres, on crée de l'espace pour dire les imperfections et les sentiments d'échec.

Encore faut-il que les deux parties soient prêtes à faire preuve de vulnérabilité pour se parler avec authenticité et transparence.


Et enfin, de mon point de vue de femme qui a déjà traversé quelques uns de ces événements de vie dont on dit qu'on ne parle pas...

Il est possible que je contribue dans une certaine mesure à cet état de fait.

Personnellement, je suis entourée de femmes qui parlent. Et je sais d'expérience que je n'ai pas toujours voulu tout savoir. Par exemple, tant que je n'étais pas prête à devenir mère, ce qui avait trait à la maternité ne m'intéressait que peu. Et quand j'ai été sur le point de devenir mère à mon tour, je n'écoutais pas les récits d'accouchement catastrophiques ou de prédictions de nuits horribles.

Parce que j'avais envie de croire que les choses seraient différentes pour moi. Et puis surtout, je n'avais pas envie qu'on me gâche la surprise de l'expérience que je m'arrêtais à vivre.


Et c'est un peu la règle que j'ai érigée pour moi même : ne parler que si on me le demande et ne donner que les informations qu'on me demande.

Parce que je sais que mon vécu ne sera pas nécessairement celui des autres. Que mes choix ou mes envies ne sont pas ceux de ma voisine. Que chaque grossesse, chaque femme, chaque bébé et chaque couple sont uniques.

Et puis... je n'ai aucune envie d'être cette femme dans la rue à qui on n'a rien demandé et qui lance un "profitez-en hein, parce qu'à l'adolescence, c'est aut'chose!"


Cependant, je n'ai pas de limites à ce que je suis prête à partager.

Et je ferai toujours en sorte d'être accessible aux jeunes filles et femmes de mon entourage (et plus tard à ma fille ET mon fils) pour parler de "ces choses dont on ne parle pas".

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